La fresque de Prokhladny

A Prokhladny, l’orgue (numérique à 2 clavier et pédalier, donné par nos amis orléanais) va nous permettre d’élargir nos relations et de désenclaver la paroisse. Nous voulons cependant éviter que la chapelle soit prise comme une simple salle de concert ! Par cette fresque, la chapelle  « parle » d’elle-même,  et signifie son sens. Il convenait que Celui que Jean a vu, entendu et touché se laisse découvrir aussi de cette manière! Sous nos yeux, quelques chapitres de la Bible sont ainsi mis en image.

 
Une sœur nous a fait connaître son maître d’iconographie Jean-Baptiste Garigou, de mère slave, orthodoxe, élève du père Zénon,  renommé iconographe à Pskov. Il anime l’atelier Saint Jean Damascène en France.
www.atelierdamascene.fr/ Il a été très touché de pouvoir réaliser une fresque en Russie, pour notre Église en diaspora, dans la même situation que la sienne en France.

   
Cette fresque pour les fidèles lors de la liturgie, pour les auditeurs de récitals de musique sacrée, et tous ceux qui rentrent, est une invitation à la communion par une même contemplation. Pour signifier une « unité sans confusion », elle n’est pas purement de style byzantin oriental, mais s’inspire du roman occidental, témoin d’une époque avant le schisme, en appel à des retrouvailles. Cette fresque est une œuvre de communion fraternelle et un appel à respirer des deux poumons de l’Eglise.
On pourrait nommer ce triptyque : La Miséricorde et l’espérance divine révélées à la Sainte Famille de Nazareth, la Sainte Famille de la Croix, et la Sainte Famille de l’Eglise.
1/ Dans la voûte du chœur, nous voyons la « Sainte Famille de la Croix » dans la gloire. Le Christ-Jésus, inspiré de la vision de sainte Faustine, comme il se présente à Thomas, huit jours après sa résurrection en se faisant reconnaître par les blessures de sa passion, trophées de sa victoire et gages de sa miséricorde infinie. De son cœur doux et humble jaillit l’eau et le sang, le baptême et l’Eucharistie. Au-dessus de sa tête, le Ciel, mystérieuse présence de l’ineffable Trinité Sainte que le Verbe Incarné, le Fils éternel du Père nous révèle : « Qui me voit, voit le Père, ne crois-tu pas que le Père est en moi, et moi dans le Père ? » (Jn 14,10). De lui émanent les sept Esprits de Dieu : « Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père… » (Jn 15, 26) Il se tient au milieu des sept Eglises comme sept étoiles (Ap 1). Le Bon Pasteur encourage : « Aie confiance, n’aie pas peur, il n’est jamais trop tard». Assis sur son trône, il semble se lever pour venir à notre rencontre, il nous bénit.

Le Sauveur est entouré de Marie, la Femme qui écoute et compatit, et de Jean, jeune, courageux et lumineux. Le manteau de la Vierge est de la couleur du Ciel, comme la mandorle qui enveloppe le Sauveur. Marie est comme cette mer de cristal devant le trône qui en reflète l’immensité et la profondeur. Le disciple bien-aimé est enveloppé d’un manteau vert, pour signifier la force de son espérance, appuyé sur la foi de Marie. Il est l’apôtre de la Vie, et du Saint Esprit, lorsque atteste : « Il était la Vie et la Vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie. (Jn 1,4)

Deux séraphins encensent le tabernacle, enchâssé dans une mandorle imbriquée dans celle de l’image du Bon Pasteur. Ces deux mandorles renvoient aux chapitres quatre et cinq de l’Apocalypse qui explicitent les deux principaux motifs de notre adoration : Par le Verbe tout a été créé et par l’Agneau le salut est offert. Nous l’adorons parce qu’il est notre Créateur et notre Sauveur.

Une guirlande de couronnes fleuries, parmi lesquelles vingt quatre sont soulignées, sont une invitation à déposer nos couronnes en adoration devant l’Agneau, présent dans l’Eucharistie, (Ap. 4) non pas dans une soumission servile et craintive d’un pouvoir tyrannique comme on le connaît trop sur terre, mais dans un éblouissement émerveillé et reconnaissant.
 
2/ Sur la gauche, l’ange Gabriel, transmet la courte invocation « Jésus, j’ai confiance en toi ». La Sainte Famille nous montre que la confiance est l’attitude fondamentale pour notre rencontre avec Dieu. Il nous fait regarder le retour d’Egypte, suite à la fuite en Egypte provoquée par la persécution d’Hérode, qui a tant sollicité et fait croître  la confiance et la foi de Marie et de Joseph. La terre d’Egypte avait été un refuge pour Israël lors de la famine, puis une terre d’esclavage. Moïse y fut sauvé de la mort et élevé à la cour du pharaon, se formant pour devenir le libérateur du Peuple de Dieu. L’ancienne terre d’esclavage devient l’asile de l’Enfant de Bethléem. Au retour, la Sainte Famille ne pouvant rentrer à Bethléem, Joseph la conduit à Nazareth.

Cette paroisse est sous le vocable de la Sainte Famille. Le retour d’Egypte illustre le rôle de saint Joseph, il est le père protecteur quand l’Enfant est en danger. Homme juste devant Dieu, il est un modèle de père sage et responsable, humble et courageux, docile à l’envoyé de Dieu. La Sainte Famille a connu l’exil et le retour, comme tant de familles de par le monde, en Russie et notamment du Caucase, qui ont connu l’incertitude des routes d’exil voire de déportation. Le retour d’exil de la Sainte Famille est symbole d’espérance pour les familles de notre région, ont traversé l’insécurité inquiétante de quitter sa maison, sa parenté et sa terre, c’est pourquoi sur la fresque, la Vierge Marie est vêtue comme une caucasienne.

 
3/ Sur la droite, au-dessus de la porte du confessionnal, est représenté St Michel, transmettant la parole du Ressuscité aux apôtres : « Recevez l’Esprit Saint ». Par la confiance nous nous ouvrons à l’action de Dieu par son Esprit Saint, qui nous accompagne dans notre croissance vers Dieu et nous associe à sa gloire. Ici, le choix de cette représentation est guidé par l’histoire du XXème siècle, méditée par le pape Jean-Paul II dans son livre Mémoire et Identité. Après l’invitation à prendre part au festin des Noces de l’Agneau, l’Eglise est invité à s’associer à la joie de l’espérance. Le Christ, victorieux de la mort, péché et des puissances du mal, figuré par le Cavalier blanc  de l’Apocalypse, nous dit : « Je suis Fidèle et Vrai. Le Père du Ciel a mis une limite au mal et aux puissances des ténèbres, lève-toi, viens ! Chante avec la foule immense des élus : Amen, Alléluia !» (cf Apocalypse 19). Le Cavalier blanc, armé du glaive de la Parole, est Fidèle dans la pureté de son cœur brûlant d’amour, et Vrai par la transparence lumineuse de sa Sagesse. Ce combat spirituel, même s’il se manifeste extérieurement, est d’abord intérieur. Toutes manifestations visibles trouvent leurs sources dans des luttes invisibles, c’est pourquoi les élus qui suivent l’Agneau et le Cheval blanc n’ont d’autres armes que la Parole, d’autre cuirasse que la robe baptismale et pas d’autre force que la grâce de l’Esprit.

 
Enfin, pour signifier l’insertion de la communauté paroissiale dans le contexte local, dans ces illustrations de la Parole de Dieu sont introduits des éléments de culture caucasienne, par exemple les quatre croix dans la tenture du chœur, évoquant les quatre évangélistes, ou les quatre aspects du visage du Christ, comme de petits arbres d’où poussent des feuilles, des fleurs et des fruits, sont des broderies de robes traditionnelles kabardes. De même, la couronne de fleurs évoque les couronnes que les vingt quatre vieillards jettent bas en hommage devant le trône de Dieu (Ap 4).

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